schiz-match

Schiz :racine grecque du verbe schizo :couper,scinder, séparer (schizophrénie)

L’auteur demande aux spectateurs de se schizer pour entrer dans  les personnages  afin de ressentir l’extension potentielle d’une vie-lumière dont nous sommes tous nourris.

Formes, mouvements, couleurs et  sensations sont les héros tortionnaires de l’épopée que nous vivons.

Tout bascule quand Égomé apprend l’existence de   MoumoÏ et MoumoÏ celle d’ Égomé

 

 

Personnages

Deux femmes sans âge ,l’une  vive ,plutôt stressée, l’autre naïve ,la larme facile.

––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

Concernant la mise en scène.

Il est indispensable d’associer  à la mise en scène un travail de  peintre à celui de chorégraphe .

.

SCHIZ-MATCH

Pièce en 2 actes

–––––––––––––––––––––

Décor :Un intérieur avec une abondance de détails , chaque objet à une histoire, tous les objets sont marqués de leur nom.

Inutile de donner des formes traditionnelles aux objets.

 

Costumes : EGOMÉ    Plutôt coquette,elle cherche le détail qui fait l’harmonie.

                 MOUMOÏ  Elle est habillée de ses souvenirs, hétéroclites, naïfs ,enfantins.

–––––––––––––––––––––––

 1-ACTE –1ère mi-temps

 

-L’APPARTEMENT––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

EGOMÉ

(Elle est en train de s’habiller pour sortir et  en même temps range la pièce)

Veux-tu venir avec moi à la bibliothèque?

MOUMOÏ (qui pense à autre choses,elle taille ses crayons)

Je n’ai pas envie d’aller à l’école.

EGOMÉ

Tu sais que Marcus est mort hier ?

MOUMOÏ (s’arrête net, elle suit ses pensées)

Pourquoi le dimanche tout est fermé ?Je voulais m’acheter des crayons de couleurs.,j’ai presque plus de rouge.(elle regarde son dessin - des arbres)Je voulais faire des pommes.

Heureusement  qu’il y a la forêt qui reste ouverte toute l’année. (elle se rappelle) La semaine dernière  j’y ai vu un écureuil, c’est charmant ;tu ne trouves pas ?

 

 EGOMÉ

Sa pauvre mère ! Tu te rends compte du chagrin qu’elle a dû avoir. Elle qui a tant  fait  pour lui. .Elle croyait Marcus  à son cours de karaté comme  tous les lundis quand elle a reçu un coup de téléphone lui annonçant que qu’il était en Asie  en train de tuer ses années de jeunesse.Tu t’imagines, la pauvre , quand on lui a appris ça.

MOUMOÏ (change de position- son corps est toujours en relation avec ses pensées)

Et la plage, tu te rappelles comme elle est grande quand la mer se retire.J’aime me promener l’été sur le sable mouillé,surtout  le  mardi quand on y va de bonne heure .

EGOMÉ

Tu as vu les actualités ? On se fout de nous ! Il y a de plus en plus d’aides sociales ,d’associations ,de collectes, de j’te donne, tu m’reprends,  tu m’publies ,j’ t’édite…et pourquoi tout ça puisque qu’il y a toujours autant de malheureux? ..

b(sur différents tons)

Pourquoi  ceci? Pourquoi  cela ? Pourquoi…pourquoi ?(elle rit)

 EGOMÉ.(elle range les livres,change et rechange l’ordre)

Tu vois ,moi ,je donnerais un toit  à chaque famille, à manger pour tout le monde et chacun ferait ce qu’il a envie de faire ,au moment où ,il a envie de le faire.

(elle trie maintenant son linge)

Du moment qu’il ne  nuit à personne.

Mais avant tout il faut absolument faire quelque chose pour réguler les naissances.On n’a plus de place.Tiens ,pas plus tard qu’hier , j’ai mis un temps fou avant de faire rentrer tout le linge dans le lave-linge.Pourquoi il n’y a qu’une chaussette bleue ?où est l’autre ? et allez donc ,encore une naissance à venir.

MOUMOÏ

J’aime bien les bébés.

(s’assoit parterre ,caresse une poupée)

Comme les enfants sont charmants,  j ‘aime caresser leurs cheveux..

Sans eux c’est l’hiver( elle va se couvrir d’un châle de petite fille))

EGOMÉ

Qu’est-ce que tu veux manger ce soir ? Je vais  au marché .J’ai envie de tomates et de châtaignes ,mais c’est mal foutu  si j’achète des tomates il va falloir attendre le mois de novembre pour les châtaignes.

MOUMOÏ (elle regarde Égomé pour la 1ère fois)

Châtaignes,châtaignes, châtaignes.

Elle prend des châtaignes dans son coffre à jouets. Moi je suis la marchande !

EGOMÉ

Et si j’achète des châtaignes ,alors là c’est  huit  mois  d’attente pour avoir des tomates.Alors qu’est-ce que je prends ?

MOUMOÏ(qui installe des pots,marqué fuchsia, tulipe..)

 Mon jardin est un paradis, regarde toutes ces fleurs :,marguerites  ,pavots, roses,   zinnias , ah ! comme les fleurs sont bonnes  Tiens, j’ai une idée, je vais mélanger des feuilles d’ortie avec des feuilles de framboisier ,en tisane avec du  miel ça doit être délicieux.

 

EGOMÉ

Où as-tu mis le porte-monnaie ?

MOUMOÏ

Le porte-monnaie ? Dans la poubelle ! Comme d’habitude.

EGOMÉ

(Elle cherche et regarde dans la poubelle puis dans le porte-monnaie)

Mais  il n’y a plus de monnaie sur les 50 euros que je t’ai donné hier ?Où sont les pièces ?

MOUMOÏ

C’était trop lourd, je m’en suis débarrassée.Je t’ai déjà dit que je ne voulais que des billets.Avec toutes les clés que tu m’as données et que je porte dans mon dans mon sac , c’est déjà bien assez lourd.

EGOMÉ

Et d’où crois-tu que je sors des billets ?Comme ça ! par l’opération du saint esprit  !

En continuant de  jeter l’argent par les fenêtres tu t’imagines peut-être que ça va faire pousser tes carottes ?assaisonner les endives ou enlever les puces du chat ?

 

MOUMOÏ

Puisque tu  parles de carottes, justement, au coin de la rue, je crois qu’il y a un distributeur qui  propose des carottes  à 20 ,10 , et  même 5€.

(Boudeuse)

J’aime pas les endives et le chat n’a pas de puces.

(Souriante)

Est-ce que tu as vu que le rosier jaune avait un nouveau bouton?

EGOMÉ

Je m’en fous de ton rosier. Où as-tu mis les pièces ?

MOUMOÏ

  Et si on allait habiter dans une région où il y a des citronniers,ça doit être magnifique en cette saison.

EGOMÉ

Tu ne les  as tout de même pas jetées dans  la  rue Casimir Noyau ?

MOUMOÏ

Bien sûr que non ,je ne suis pas folle. Je sais très bien que les citrons n’ont pas de noyau.

(soudain elle se rappelle)

Est-ce que tu pourras me prendre de l’anti-pucerons  s’il te plaît  ,avec ces changements de temps  ça me gratte de partout.(elle se gratte)

EGOMÉ

Tu ne veux toujours pas  me dire où tu as mis  les pièces !  Et bien tant pis .puisque c’est comme ça

(elle enlève sa veste, foulard, chaussures,remets a tenue d’intérieur)

Je vais  ranger le 12 ,me limer les ongles et  après je prendrais un peu de bicarbonate

MOUMOÏ

Quand la mer frappe les rochers ,tu te rappelles ,toute cette écume qui nous éclaboussait , c’était grandiose .Si seulement il n’y avait pas eu les mouettes.Jaime pas les mouettes.

EGOMÉ

(Hausse les épaules)

MOUMOÏ

Quoi ? J’ai quand même bien le droit de ne pas aimer les mouettes et même je les déteste ,les mouettes, je ne peux pas les voir, les mouettes, je les ai en horreur ,les mouettes.

(elle pleure bruyamment)

EGOMÉ

C’est pas la peine de te mettre dans cet état. Qu’est-ce qu’elles t’ont fait les mouettes ? Pourquoi tu ne les aimes pas ?

MOUMOÏ

C’était juste pour voir comment ça fait quand on n’aime pas quelqu’un.(naïve) Ça fait  mal au ventre, c’est pas agréable.

Le bicarbonate est dans le placard 12 ,sous le casier des objets perdus.

EGOMÉ

S’il te plaît ne reprend pas toutes les idées qui me passent par la tête .Le 12 ?Mais je suis en train de le ranger. Comment vais-je le trouver maintenant.

MOUMOÏ

Tu n’as qu’à mettre tout dans les objets perdus.

EGOMÉ

Bon ça m’énerve, je vais tout mettre à la poubelle ,je ne vais quand même pas me laisser bouffer par ce minus de casier 12.,et toi au lieu de m’énerver tu ferais mieux de me dire  où sont encore parties   la pelle et la balayette,je les cherche depuis une heure?

MOUMOÏ

Elles ont dû partir se promener au square, d’ailleurs je vais peut-être aller les rejoindre . Je sais qu’elles aiment bien quand je vais les rejoindre l’après-midi.

EGOMÉ

il est 11h du matin.

MOUMOÏ

Pas du tout , sur ton réveil il est peut-être 11h ,mais pas sur le mien !

Regarde (elle montre sa montre)

J’ai enlevé les aiguilles et j’ai mis une photo à la place ,c’est beau !.Je change de photo quand j’en ai envie et crois-moi ça donne un grande liberté .

 Croire  tout ce que l’on voit quel esclavage !

(Elle hausse les épaules)

Comme si les myopes voyaient comme les presbytes, les hypermétropes comme les borgnes ….et les aveugles alors ?

EGOMÉ

T’as mis la photo de qui ?

MOUMOÏ

Je ne sais pas , celle-la , je l’ai vu sur un magazine d’électro-ménager.Elle allait juste dans le cadre.

 ( elle regarde, admire sa montre puis va jusqu’au placard )

EGOMÉ

Et si je faisais des nouilles, ça ne te fais rien si je fais des nouilles ,encore aujourd’hui.

MOUMOÏ

(fouillant dans le placard )

Je vais prendre un bonnet, le temps est si capricieux et l’hiver  si vite arrivé.

EGOMÉ

Si tu peux , en passant  devant l’épicerie  , prends -moi une boîte de sauce tomate

MOUMOÏ

Je me demande si les citrons poussent en même temps que les tomates ?

EGOMÉ

Il faut que je regarde aussi s’il me restent des yaourts.

MOUMOÏ

T’aimes bien les citrons ?

EGOMÉ

Combien vais-je mettre de nouilles pour 2 litres d’eau, évidemment c’est pas marqué sur le paquet.Je plains ceux qui n’ont que le bac plus  dix-huit  .C’est  quand on se trouve confronté à ce genre de problème complexe qu’ on voit que notre système éducatif a des failles.

Prends des sous dans la tasse 3

MOUMOÏ (met un gros sac à dos)

Pas la peine, je paierai avec un citron , ou peut-être même deux, maintenant tout est  si cher.Je ne sais pas si les citrons sont mûrs avenue de Clichy ?

EGOMÉ

Sois réaliste ,on est a Paris  et à Paris il n’y a pas de citronniers.

MOUMOÏ

Méchante, méchante, méchante !

Et bien puisque c’est comme ça …. Renseigne -toi des horaires du TGV  on part  à Menton.

EGOMÉ

Allons bon, voilà qu’ j’ai mal au dos.

MOUMOÏ (Qui s’est plongé dans des livres d’ enfants)

Tu te rappelles de cette  tarentelle lalalaalala fifres  sonnez ,raisonnez tambourins.

 (Elle chante, danse, oublie le temps, les choses,elle crée son propre bonheur.)

EGOMÉ

Je vais téléphoner au kiné, j’espère qu’il n’est pas  en cure ou en stage pour apprendre une de ces nouvelles techniques de musculation  à la mode qui consiste à cliquer avec toutes les parties de son corps  sur les  consoles de jeux , les ordinateurs et les téléphones portables.

MOUMOÏ

Tu vois je crois que j’aurais aimé être chanteuse, quel contact avec le vide, on se donne, on oublie, on voyage ,on est la pluie ,le soleil,  je suis sûre que c’est  la seule mort dont on revient grandi.

EGOMÉ

La dernière fois qu’il m’a manipulée avec cette nouvelle machine qui vient des USA,il m’a pris 60€ .Je suis sûre qu’elle vient des USA comme moi d’Argentine .La prochaine fois je le paierai en  Pesos, on verra bien sa réaction. Il y a quand même des limites à la provoc !

MOUMOÏ

Pour 60€ ,on pourrait aller au concert toutes les deux, Mozart est très efficace pour les lombalgies.

EGOMÉ

Mozart , Mozart ,tu ne vois que par Mozart et qui te dit  que Strauss n’aurait pas le même effet. Je sais que tes tulipes  adorent Strauss mais moi je ne suis pas une tulipe.

MOUMOÏ

(arrête Égomé,)

C’est pas vrai ! C’est seulement les tulipes bleues  qui aiment Strauss..Regarde les rouges, elles ne voient que par Bizet et les camélias ! t’a qu’a leur mettre autre chose que la Traviatta ,tu verras ?

 (sérieuse  )

 Ne mélange pas tout veux-tu .

EGOMÉ

À propos de mélange , et ma sauce tomate ,quand vas-tu aller la chercher ?

MOUMOÏ

Quand tu m’auras dit l’heure du train pour Menton.

EGOMÉ

Bon et bien ,comme tu y mets tant de bonne volonté !  Moi je me fais 2 œufs sur le plat et toi tu te débrouilleras avec tes citrons, tes tambourins , Strauss et  le reste.

(Tout est écrit sur les assiettes et les compartiments prévus pour le rangement)

MOUMOÏ

Pourquoi t’énerves -tu avec tes œufs ,on peut très bien manger des nouilles sans sauce tomate.Moi le midi ,de toute façon ,tu sais bien que je ne mange que des mille-feuilles.

EGOMÉ

Puisque tu en parles, justement, ne cherche pas la feuille d’impôts ,je l’ai envoyé hier ,sinon ,toutes les feuilles sont dans le frigo.

MOUMOÏ

Je  vais  emmener quelques  feuilles de chêne dans le train ,ça sera meilleur que leurs sandwiches

EGOMÉ(au téléphone avec son kiné)

-Allo Mr Ramassemoichuienmiette  ?

Mademoiselle  Égomé à l’appareil   - Excusez-moi de vous déranger mais j’ai affreusement mal au dos   -  Est-ce que vous pourriez me recevoir cette après-midi ?

-Non ce ne sont pas les cervicales, j’ai mal au niveau de reins.

-ah bon ! vous croyez !

-Vous croyez qu’en me coinçant le doigt dans une porte j’aurai moins mal au dos,---N’importe quel doigt ?

-Et si j’ai mal au doigt après ? vous soignez aussi les doigts ?

-Non ! Mais  alors donnez-moi  le nom et l’adresse d’un dactylo- thérapeute moi je n’en connais aucun dans le quartier.

-Si loin que ça ? –Vous n’en connaissez pas un plus près d’ici ?

-Ça fait quand même loin ! Lille !

-Ce soir à 20h50 -- Un TGV  direct pour Lille.

 -Merci Docteur .- Merci beaucoup ,au revoir Docteur.

MOUMOÏ

À qui téléphonais –tu ?

EGOMÉ

(stressée à l’idée de partir précipitamment)

II faut que je lave les draps, que je repasse les torchons, que j’arrose tes plantes……  Le train est à 20h50  gare du Nord.

MOUMOÏ

J’ai quand même  le temps d’aller chercher la pelle et la balayette et si c’est ouvert, je te ramène la sauce tomate.

EGOMÉ

Il faut que je fasse la vaisselle, que je ferme les volets  que je  prévienne Maman que je pars à Lille,que je sorte le linge du sèche-linge…

MOUMOÏ

Elle est morte depuis 30 ans

EGOMÉ

Qui ça ?

MOUMOÏ

Ta mère.

EGOMÉ

Ah oui c’est vrai, avec cette douleur, ça me prend la tête je ne sais plus où j’en suis.

MOUMOÏ

Est-ce que tu crois que je pourrai trouver la partition de «  fifres et tambourins » que je t’ai chanté tout à l’heure ?

EGOMÉ

 Ta valise  rouge est sur l’armoire . Je te la descends ?

MOUMOÏ

Oui et regarde aussi si tu vois mes espadrilles ?

je les avais mises juste à côté de la valise.

 

Mais pourquoi  veux-tu passer par Lille pour aller à Menton ?

EGOMÉ

Est-ce que je laisse le frigo branché ?et le chat ,qui va  nourrir  le chat?

MOUMOÏ

Le soleil  ,mes espadrilles ,  ces  parfums d’œillets ,quel beau voyage .

 (elle regarde par la fenêtre)

Tiens,   la lune fait son entrée en scène ,je vais  me coucher .

(elle rêve)

Rêves douillets ,parfum de  miel  et de lavande .

Demain matin , le soleil, mimosa ,gardénias,biscotte ,confiture ,  thé au citron, le tout sur une nappe de pulpes d’agrumes .

(sérieuse)

Crois-tu qu’on trouvera des sardines au citron pour le chat ?

EGOMÉ

Mais qu’est-ce qu’il y a dans ta valise, elle est d’un lourd.

MOUMOÏ

Mes souvenirs Égomé, mes souvenirs, où veux-tu que je les range ?

EGOMÉ

Eh moi ,et les autres ,comment font-ils !  Eh bien,  ils les jettent, ils les oublie,ou encore certains  les envois aux producteurs  ou aux journaux,voillà ce qu’on fait des souvenirs.

MOUMOÏ

Eh bien moi je les garde ,ils s’entendent très bien entre eux. Tous issus de passions, d’amour  et de multiples bonheurs, ils sont purs ,naïfs  frais comme des joues d’enfant, je ne veux pas m’en séparer.

EGOMÉ

 (toujours très énervée)

On a quelques heures devant nous, je fais travailler à la barre mes pliés, relevés , dégagés. Si le téléphone sonne, tu ne réponds pas, fait comme si nous étions déjà parties.

MOUMOÏ

T’as déjà fini ?

Tiens, j’ai retrouvé des crayons rouges pour ta sauce tomate.

EGOMÉ

J’me rappelais plus que j’avais mal au dos. et qu’j’avais 20ans de plus qu’il a y vingt ans.

MOUMOÏ

 De Lille à Menton, ça fait quand même un grand détour, je vais essayer de dormir Paris-Lille, Lille –Paris ,comme ça je serai bien reposée pour prendre le TGV pour Menton  à la gare de Lyon .

EGOMÉ

Avec tout ce que tu prends c’est pas la peine que je prenne de valise. J’emmène juste l’harmonica de Guillaune le filleul de Madame Dépèch’toid’fout’lecan  ,au cas où un fifre ou un tambourinaire serait malade et que tu veuilles le remplacer.

MOUMOÏ

Je me demande s’il font des prix sur les citrons quand on  en prend plusieurs kilos.

EGOMÉ

C’est peut-être vendu à la pièce ?

MOUMOÏ

Pourquoi faut-il toujours que tu ramènes tout à l’argent ! je m’en fiche de tes pièces,

(elle dépote une jardinière de géraniums)

Tiens les voilà tes pièces .

EGOMÉ

 Pourquoi tu les as mises dans la jardinière ?

MOUMOÏ

Pour aérer les racines  évidemment .J’’ai pas eu le temps d’acheter du terreau et en plus il était à 3 € 48 ,pourquoi pas 3,485

Oh! et puis tu m’énerves.

(elle continue son état de mal-être avec ce qui lui passe par la tête)

Est-ce que je te demande moi pourquoi tu me fais porter toutes ces clés dans mon sac ?

(Depuis le début de la pièce ,elle a un sac à dos)

EGOMÉ

Allons bon, ça c’est la meilleure. C’est bien toi qui m’a demandé de garder  ton pyjama, ta jeunesse, le soleil ,la nuit, la lune ,le jour,  la vérité , ceci , cela ,tes réveils, tes insomnies, tes crises de nerfs, de fou rire… Il faut bien que je les enferme à clé  si tu veux les garder . Tu ne voudrais pas qu’en plus je sois obligée ,moi,de porter tes clés .Si tu ne m’étais pas si chère je te jure que je ficherais le camp en te laissant toi ,le chat , tes clés ; tes espadrilles et le reste.

MOUMOÏ

C’est pas gentil pour Minette

EGOMÉ

Qui c’est minette ?

MOUMOÏ

Tu vois ;tu sais même pas le nom de mon chat, ah tu parles d’un amour.

 EGOMÉ

Je ne t’ai jamais entendu l’appeler minette.

MOUMOÏ

 Évidemment puisque c’est un chat (elle rit de sa plaisanterie)

EGOMÉ

Bon allez! J’emmène le chat Minette ou ce que tu veux et comme ça il n’y aura plus de discussions.

MOUMOÏ

Des harengs aux citrons ,je suis sûr qu’il aimera.T’a déjà mangé des harengs au citron ?

 EGOMÉ

Quelle heure est-il ?

MOUMOÏ

 Moi j’ ai  jamais mangé de harengs ,ah si ! des filets de harengs, c’est pas mauvais !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

2-ACTE – 2è mi-temps 

décor Compartiment du train gauche, cabine du conducteur à droite

 

LE   TRAIN    –––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

EGOMÉ

Ces voyages en train sont d’un long, j’ai l’estomac sous les clavicules, vivement qu’on soit à Lille que je puisse descende sur le quai pour respirer.

MOUMOÏ

C’est pas la peine de me parler, je dors

EGOMÉ

Tu ne dors pas puisque tu me réponds.

MOUMOÏ

Je te parle ,mais c’est pas une raison pour le crier ,maintenant tout le compartiment va savoir que je parle en dormant.

EGOMÉ

Mais personne ne te voit, tout le monde dort

MOUMOÏ

Avec les yeux grands-ouverts, en buvant un café ou en téléphonant ?Tu te fiches de moi.

EGOMÉ

Et oui, c’est comme ça , avant  on ne trouvait ce phénomène que dans les asiles mais depuis la grève des agents hospitaliers  , les malades se sont mélangés aux moins malades, les médecins aux détraqués ,les radiologues se sont lancés dans la photo porno, les gynéco ont fait des stages de plomberie, les  dermato chasse le petit gibier, enfin ,je me demande à quoi va ressembler ce spécialiste des doigts ,si ça se trouve c’est un ancien charcutier.

MOUMOÏ

T’as encore mal au doigt ?

EGOMÉ

Ah c’est vrai ! heureusement que tu m’en parles, je  ne me suis pas encore fait mal au doigt, garde la valise ,je vais aller me coincer un doigt dans la porte des toilettes.Je reviens tout de suite.

MOUMOÏ

(seule  , Moumoï révise ses tables de multiplications)

7 fois 1 ->7

7 fois 2 ->14

7 fois 3->21

7 fois 4->28

7 fois 5->35

7 fois 6->42

7 fois 7->49

7 fois 8->56

7 fois 9->63

7 fois 10->70

  (Égomé revient)

 

 

 

EGOMÉ

(affolée)

je me suis coupé le bout du doigt , ça saigne , il faut que j’aille au compartiment 4 pour qu’on me soigne.Tu ne dors plus ?

MOUMOÏ

Occupe-toi de ton doigt , je te dirai après si je dors ou pas.

EGOMÉ(elle sort)

MOUMOÏ

(elle continue de réviser)

EGOMÉ

(elle revient avec une grosse valise,plutôt une malle)

Assieds-toi .C’est incroyable. Regarde ce que l’on m’a donné .

MOUMOÏ

Pourquoi cette valise  (malle)? Qu’est-ce que c’est ?

EGOMÉ

Ce sont les souvenirs de doigts de tout le compartiment 4,c’est incroyable tout le monde avait une histoire de doigt à me raconter.  Ne me  demande pas de détails, tout est là

( elle montre la valise-malle)

MOUMOÏ

Es-tu guérie ? Ça saigne plus.

EGOMÉ

Une grand-mère a sorti un drap de sa valise, elle en a déchiré une bande et  a voulu absolument me mettre ce bout de drap autour du doigt. Elle m’a dit que c’était pas grave et qu’en gardant le pansement bien serré le doigt devrait se  recoller tout seul

MOUMOÏ

Avec quoi elle t’a désinfecté?  C’était un drap blanc,quand même ?

EGOMÉ

Oui , oui, enfin , au début il était rouge bien sûr, avec tout ce sang  qui n’arrêtait pas de couler, mais elle m’a déchirée des bandes de drap et recommencer les pansements jusqu’à ce que les saignements s’arrêtent.

C’est gentil , n’est-ce pas!

À mon avis ,c’est une femme qui  a dû voir le jour avec la Tour Eiffel, fin  19è .

Tu penses bien qu’à cette époque on ne devait pas désinfecter les blessures au doigt.

(souriante en évoquant la scène)

Elle m’a fait un « bisou » sur la main, c’est ce qui devait ,sans doute , à cette époque.

MOUMOÏ

Quand on arrivera à Lille et que tu descendras pour replacer ton estomac,renseigne-toi pour savoir sur quelle voie on doit aller pour repartir à Paris.

C’est pas la peine d’aller voir ton docteur ,maintenant que tu n’as plus mal au dos.

EGOMÉ

On arrive bientôt ,je vais aller dans le couloir et me rapprocher de la porte.Garde les valises et le chat.(elle sort)

MOUMOÏ

Je vais mettre ma valise et le chat dans la grande valise.C’est complètement ridicule d’avoir 3 bagages quand on peut tout regrouper en un.

(elle sort des paquets de la grande valise-malle  pour faire de la place et y mets sa valise et la boîte du chat) .

EGOMÉ

(elle revient)

Pourquoi  as-tu sorti tous ces paquets ?

MOUMOÏ

Pour faire du 3 en 1. C’est quand même plus simple de n’avoir qu’une valise .

EGOMÉ

Tu sais ce qu’il y a dans ces paquets ?

MOUMOÏ

Non

EGOMÉ

Ce sont tous les doigts du compartiment 4 ,je ne peux pas les laisser là ;tu te rends compte si l’un des passagers s’en apercevait ,la peine que je lui ferais ! Non , débrouilles-toi ,je ne peux pas faire ça.

MOUMOÏ

Ah bon ! Et bien je vais les mettre  dans la boîte du chat ,comme ça ,s’il a faim ,un doigt par ci ,un doigt par là ,ça le fera patienter jusqu’à ce que l’on lui donne des sardines.

(elle referme les yeux)

EGOMÉ

Attends avant de te  rendormir,(elle ravale sa salive, elle est essoufflée) tu ne sais pas qui j’ai vu sur le quai ?

MOUMOÏ

Non

EGOMÉ

 J’ai vu Marcus

MOUMOÏ

Celui qui est mort ?

EGOMÉ

Oui, figure-toi qu’il ne vas plus au cours de karaté . Le prof lui a fait des avances, et lui qui n’aime que les ananas au Grand Marnier. tu vois son désappointement ! Du coup il est  entré dans les ordres ferroviaires. Il  vient de finir sa   formation de conducteur de train, ça lui plaît beaucoup .

Depuis une semaine il vit dans la gare du Nord, d’ailleurs on repart tout de suite,pas la peine de changer de voie,  il est très pressé parce que  ce soir  il y a un match de foot  à la télé .

MOUMOÏ

Est-ce qu’il sait conduire le TGV ?

EGOMÉ

Évidemment c’est lui qui conduit notre train.

(Elle sourit à l’avance de ce qu’elle va dire)

Tu vas être contente.

MOUMOÏ

Pourquoi ?

EGOMÉ

Dans sa cabine il a un DVD de chaque ville de France.

 

MOUMOÏ

Je peux aller voir ? Il a aussi un lecteur ?

EGOMÉ

Il m’a donné son numéro de portable, attends , je l’appelle---Oui ,il a un lecteur et il est d’accord  pour qu’on vienne ,mais tout de suite, il faut faire vite ,à cause du match .

Je prends la valise ,(très lourde ,elle la traîne) allons-y.

MOUMOÏ

Tu crois qu’il voudra me passer le DVD de Menton.

EGOMÉ

Menton, front ,narine , dépêche-toi, on verra bien.Tiens !c’est là !,entre!

 

 

MOUMOÏ

(Dernière scène—il y a 70 casiers avec le nom de 70 villes-)

 (elles  entrent)

EGOMÉ

Eh bien qu’est-ce que tu attends ! Sors tes clés .

MOUMOÏ

                  (Elle enlève son sac à dos,  compte les clés par 7-il y a 10 tas )

1,2,3,4,5,6,7-----1,2,3,4,5,6,7-----1,2,3,4,5,6,7-----1,2,3,4,5,6,7-----1,2,3,4,5,6,7-----

1,2,3,4,5,6,7-----1,2,3,4,5,6,7-----1,2,3,4,5,6,7-----1,2,3,4,5,6,7-----1,2,3,4,5,6,7-----

(Elle compte les tas 1,2,3,4,5,6,7,8,9,10 fois 7

(Pour elle-même, elle révise la table de 7 , vite et à voix basse )

7 fois 1 ->7,7 fois 2 ->14, 7 fois 3->21, 7 fois 4->28, 7 fois 5->35

7 fois 6->427, fois 7->49,7 fois 8->56,7 fois 9->63,7 fois 10->….

70 

Heureusement que j’ai révisé ma table de 7.

Tu crois que je vais trouver celle qui ouvre Menton ?

 II y a si longtemps..

EGOMÉ

Attends, je vais t’aider.

MOUMOÏ

 Sens –les ça ira plus vite, il y en a forcément une qui sent le citron.

EGOMÉ

Celle-la, (lui mettant sou le nez) sens !

MOUMOÏ

Ah non ! pas du tout, celle-la ,c’est Cambrai.

EGOMÉ

Celle-la ?

 MOUMOÏ

Pont-Aven

EGOMÉ

Celle-la ?

MOUMOÏ

Métro, Paris.

EGOMÉ

Celle-la ?

MOUMOÏ

Je l’ai, je l’ai, maintenant je me rappelle ,regarde ! j’y avais accroché un citron.(Elle soulève la clé ; en réalité, c’est une banane qui est en porte-clé

(Elle ouvre le casier Menton, )

(Bruit de vaisselle cassée)              

EGOMÉ

T’as tout cassé. Tu es sûre que c’est la bonne clé ?

 

MOUMOÏ

Oh non  ! regarde ! (Elle montre la clé)

Ah je m ‘rappelle - c’est vrai ,attends ; ah oui, c’est ça, j’avais mis  une banane.

EGOMÉ

Mais pourquoi  t’avais mis une banane ?

MOUMOÏ

Je me souviens que les citrons étaient à 0€,826 pièce.

(Elle hausse les épaules) 826 ;je n’ai jamais eu autant de pièces sur moi !

Alors , comme tu m’avais  donné une banane  pour mettre sur le compte à la banque, j’ai tout de suite pensé à la mettre en porte-clé  plutôt qu’un citron de 826 tranches.De toute façon , ça aurait été bien trop lourd.Tu connais le nombre de tranches qu’il y a dans un citron ?

EGOMÉ

Tu aurais pu me le dire plus tôt ! Ça fait 3 mois que le banquier me relance pour que je paie des agios ,faute de provisions

MOUMOÏ

C’est vrai qu’une banane c’est très calorique, mais ça fait pas beaucoup de provisions. Je n’y avais pas pensé.Attends j’ai une idée, je vais essayer d’ouvrir les autres avec mes crayons de couleurs.

(affolée,elle essaie tous les crayons,les clès ,) )

(Bruit d’un match de foot–L’agitation d’Égomé va de concert avec le bruit du match   )

EGOMÉ(essaie de calmer Moumoï)

Trop tard , c’est fini…tu entends.. .(Elle secoue Moumoï ) Écoute-moi ! arrête ! c’est fini.

MOUMOÏ (affolée)

Quoi ,quoi,quoi? Qu’est-ce qui est fini ?J’entends rien !

(Elle pleure comme un enfant en  disant)

-J’ai cassé mon crayon rouge. (Pleure encore)

EGOMÉ

C’est pas grave, écoute, ça y est ,  le match,…écoute … c’est commencé.

MOUMOÏ (Qui a cessé de pleuré.Curieuse)

Le match  ! Le match  !  commencé !

 

EGOMÉ

Tu peux ranger tes clés et tes crayons.

MOUMOÏ

              (Elle remet les clés et les crayons dans son sac ,doucement)

Paris, 24,14,28, Nantes,2,36 ; Montpellier, rouge, 38,bleu, jaune,4……………

EGOMÉ(

Va plus vite ,il est l’heure.

MOUMOÏ (De plus en plus vite,répète)

Vite,vite, vite, vite……(le sac tombe,on ne le voit plus)…

-.il  a disparu. !Mon sac ! où est mon sac ?

EGOMÉ

Quelle heure est-il ?

MOUMOÏ (Regarde sa montre  - Elle rit )

Regarde j’ai mis une photo de La Baule, le jour où on avait été pêcher les rigadaux,.Tu te rappelles ,tu avais ton chapeau de paille et regarde là ,(montre toujours sa montre)on voit la Tour Rouge.Ce jour-là il faisait une chaleur accablante, mais sur la plage il y avait   de l’air ,on étaient bien, tu te rappelles(silence)

Moi j’avais pris le seau bleu, tu sais ,le seau….(Égomé l’arrête doucement et lui sourit)

EGOMÉ(songeuse)

Le match.. le match …c’est l’heure ! (Bruit en crescendo puis decrescendo du match)

MOUMOÏ

Mais je ne veux pas aller au match !moi… !quel match ?

 

EGOMÉ

Ça a passé rudement vite.

MOUMOÏ (Croyant à un jeu)

Vite ,

EGOMÉ (Prend Moumoï dans ses bras)

Vite

MOUMOÏ

Vite ,vite ,vite ,(elle éclate de rire)

À quoi tu veux joues ?

Qu’est-ce qui a passé rudement vite ?

 

EGOMÉ

(Étreinte – silence-les corps continuent le dialogue)

                                   (La joue sur l’épaule de Moumoï, ,visage face au public)

La  vie.

–––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

 

Rideau

 

Note de l’auteur

Je souhaite que mon théâtre ne soit pas assimiler au théâtre de l’absurde.

Même si je suis d’accord pour reconnaître que la banane est plus sucrée que le citron , je m’octroie la liberté d’appeler banane un citron et citron une banane ,sauf le dimanche  bien sûr où je ne prends jamais de fruit mais un gâteau.

Publicité
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :