schiz-tchaïkovsky
C’était un gosse insupportable. Elle aurait pu lui acheter autre chose, je ne sais pas, n’importe quoi ; quelque chose qui l’aurait passionné tout autant et avec lequel il aurait pu aller jouer ailleurs qu’à côté de moi.
Dessus-dessous- Maudit sale gosse ! Mais quelle idée de lui avoir fait ce cadeau ! Casse-noisettes, Noël , ma sœur et son gosse je m’en fous , j’en est assez vu pour aujourd’hui , je vais me coucher.
C’est vers les 6 heures du matin que j’ai senti une violente douleur dans la tête , mon crâne était comme pris dans un étau,quel rêve atroce étais-je donc encore en train de faire .
Non ! je ne rêvais pas !c’était ce maudit sale gosse qui s’était amusé à me prendre la tête dans son casse-noisettes.

Pas –de –bourrée –jeté- Je lui aurais bien donné une gifle et bourré les fesses de coups de pieds mais trop tard , le mal était fait. Quand je me vis dans la glace , j’eus un choc terrible,la glace reflétait mon image mais avec la tête écrasée entre les mâchoires du casse-noisettes. Mes yeux étaient de chaque côté de la tête,mon nez s’était allongé et je n’avais plus de menton. Mettre entre les mains d’un enfant si violent un tel objet, c’est de la folie .

Glissade – enveloppé - Ma tête, si mince à ce moment-là aurait pu glisser dans la fente de la boîte à lettres ,par chance la poste est fermée depuis 3 jours et le restera jusqu’aux nouvelles élections législatives. Ce jour là je ne me suis pas lavée le visage ni le reste d’ailleurs. Pour ce qu’il me restait de visage cela ne valait pas le coup et surtout j’étais pressée de savoir comment mon entourage allait m’accepter. Je me décidai donc à descendre dans la rue prête à affronter le regard des autres. La première personne que je rencontrai fut Anne Pacroire , elle n’est pas très maligne mais on est voisine alors un mot de temps en temps ,comme on dit ,«ça mange pas d’pain. » -Tiens ,Bonjour G.,comment vas-tu ? me dit-elle. Elle me demande comment je vais ,comme si ça se voyait pas, elle ne voit donc vraiment plus rien la pauvre vieille.(elle a 2ans de plus que moi). Énervée je fis volte-face et arrivai au coin de la rue . En passant devant le marchand de meubles , je me regardai dans la vitrine ,entre le canapé violet et l’armoire du style des années 1714-2008. J’avais pas rêvé ! le casse-noisette était bien sur ma tête , pointu comme un bec de héron. Je constatai qu’en plus de mes yeux en amandes ( dans le sens vertical) , mon nez pointu et ma bouche pincée qui laissait voir les 2 incisives supérieures, ma peau avait pris quelques écailles. Et la vieille qui n’a rien vu, ah !faudrait pas vieillir, bon ! Je devais aller au restaurant avec Lise Taltan mais je vais décommander et rentrer à la maison pour déjeuner.

Piqué, déboulés,- Complètement piqué ce môme ,si je le vois débouler je ne réponds pas de moi, une bonne série de « petits-battements-sur-le-coup-de-pied » lui ferait le plus grand bien. l est 14h je dois aller chez le dentiste.. Je vais me maquiller un peu pour avoir meilleure mine. Quand j’arrivai au cabinet médical une hôtesse m’orienta tout de suite vers le service véto-piscicologie , j’y connais pas grand chose dans les étymologies mais je suis certaine qu’elle a vu ,elle, que j’étais un poisson. Dans ce service c’est épatant parce que tout le monde a une tête de poisson, je crois que je m’étais trop maquillée pour un poisson, c’est souvent comme ça quand on ne s’accepte pas tel que l’on est,on en fait toujours un peu trop. Le dentiste aussi avait une tête de poisson mais lui ,ça ne semblait pas le déranger. Une clinique de poisson , je n’en avais jamais entendu parler, à part les gueules-de-raies très courantes dans toutes les catégories professionnelles et dans certaines administrations. Une chose est sûre c’est que ce sale gosse ne pouvait pas avoir écrasé la tête de tous ces gens, et en plus je suis certaine qu’ il ne connaissait pas ce dentiste. -« Ouvrez grand » me dit l’ichthus *[1]-à-roulette,il regarde, gratouille ,ajuste l’éclairage. -je crois que vous avez un hameçon de coincé entre la prémolaire et la canine gauche. Pas étonnant que j’ai mal, ce qui est curieux c’est que j’avais pris R.V avant Noël et je n’avais pas encore cette affreuse chose sur la tête ,donc je devais déjà avoir cet hameçon entre les dents au moment où j’ai pris rendez-vous. Je réfléchirai à ça plus tard .Dans l’immédiat… -Aïe ! -je vous ai fait mal ? me dit l’horrible tête de carpe Bien sûr qu’il me faisait mal , il ne faut pas sortir de Saint-Cyr pour comprendre que d’enlever un hameçon qui est coincé entre une prémolaire et une molaire ça fait mal quand on l’enlève. Quand je pense qu’en plus il va me faire payer, le corps médical et para-médical se croit vraiment tout permis, les gens payent parce qu’ils ont peur, peur d’être malade, peur d’avoir froid, peur d’avoir faim, d’avoir soif, peur de tout ,comme si de payer ça allait leur enlever le mal et la peur en même temps. Moi , poisson , je n’avais pas à craindre grand chose, de quoi pouvais avoir peur puisque je n’existais pas aux yeux des autres. C’est la vieille qui me faisait penser de cette façon. Dans la rue personne ne semblait me voir , je ne devais être visible que pour mon entourage . je me dit alors que si je n’existais que pour mes familiers , loin d’eux je ne pouvais donc pas avoir mal. pas. Vite ! sortons de cette clinique de malades mentaux. Je vais rentrer chez moi. Apparemment personne d’autre que moi ne semble s’être aperçu que j’ai la tête écrasée dans un casse-noisettes depuis Noël et que j’ai une tête de poisson. Glissage –enveloppé Comment a-t-on pu laissé un tel jouet entre les mains de ce monstre de gosse. Je viens de commander un miroir multicolorescent , j’ai été livré ce matin ,j’ai l’impression que cela va me changer la vie. Je l’ai calé sur la tablette au-dessus du lavabo, j’en suis très contente, je me regarde tantôt en rose, tantôt en bleu ou en vert, ou alors en mauve, en jaune, en rouge enfin quant tu as un tel miroir chez toi tu n’as plus besoin de maquillage, ni d’antidépresseurs ,c’est : •Réveil à tendance triste ?Tu vas devant le miroir, tu regardes le rose et tout va bien. •Tu manques de tonus ? Tu regardes le rouge et ça te donne un coup de fouet pour la journée. •Tu irais bien pique-niquer à la campagne ?tu regardes le vert et tout de suite tu sens le parfum de l’herbe, enfin je ne peux te dire toutes les vertus que je trouve à mon miroir multicolorescent. Ce soir je vois mon ami Louis Oumoi,ça m’embête un peu, j’ai peur qu’il s’aperçoive de ma transformation.Il il arrive de son travail à 19h, je ne sais pas ce qu’il fait exactement ,il ne semble pas trop épuisé de ses journées ,c’est tout ce que je sais. -Bonjour Chérie Tout va bien ,à moins qu’il appelle les truites « chéries » il ne s’aperçoit de rien. -On va au ciné ce soir ? regarde le programme, il y a plein de bons films. Il me tend le programme, heureusement il ne passe plus « le grand bleu » ni « les dents de la mer ».j’aurai craint d’avoir envie de les voir et de lui donner des soupçons. Voyons ce programme : √« Le crabe se rebiffe, » non quand t’a vu la version avec Gabin tu ne peux plus voir autre chose; √« La fille cachée de M. » j’avais déjà entendu parler de ce film qui avait fait scandale dans les années 80 , ça ne me disais rien. √ « Rire en famille » ça devait être idiot,comme souvent quand il nous annonce dans le titre du film que c’est un film drôle. On opta pour « la grande vadrouille » en DVD ,comme d’habitude. Quand nous nous couchâmes j’étais très étonnée qu’il ne ce soit pas encore aperçu de ma transformation et je n’avais qu’une crainte c’était qu’il m’embrasse, il aurait été obligé de se prendre mon nez dans l’œil et peut-être même que je sentais la marée . Avant de laisser l’angoisse grandir en moi je pris la précaution de lui servir un petit cognac avec 3 somnifères à la valériane et « bonne nuit les petits » ,il dormit presque immédiatement. Le lendemain matin aussitôt réveillée j’allai dans la salle de bains. Surprise !Comment cela se faisait-il , je me sentais gaie mais pas à ce point là ! Je restai stupéfaite devant la glace, j’avais repris ma tête d’avant . Je courus aussitôt vers Louis ,qui était encore couché, pour lui exprimer ma joie. Il semblait très agité . Comprenant qu’il était réveillé et comme je me sentais d’humeur primesautière ,je tirai le drap d’un coup sec ,prête à lui sauter dessus pour rire dans un bouquet de baisers. Halte-là , pas possible, horrible , incroyable , hideux, abominable, j’étais comme pétrifiée devant ce que je voyai, son corps était recouvert d’écailles, une queue de requin frappait le matelas et si je n’avais pas vu les joueurs du Mondial 98 sur ce qui lui restait de caleçon j’aurai vraiment cru qu’un maquereau , fan de foot , avait dormi à côté de moi cette nuit. Quand il se leva je ne montrai pas mon étonnement et lui fit son petit chocolat comme d’habitude. T’as pas plutôt une boîte de sardines me dit-il. Comme si de rien n’était je lui apportai son chocolat et la boîte de sardines, j’observai ce qu’il allait choisir, il fallait que je me rende compte si c’était lui qui était métamorphosé ou moi qui avait un trouble de la personnalité. Il mit les sardines dans le chocolat ,et essaya de rentrer dans la boîte,d’abord une nageoire puis la tête ,la queue, visiblement il n’arrivait pas à trouver la meilleure façon de s’y prendre pour entrer dans la boîte, il semblait vouloir me faire comprendre quelque chose, mais quoi ? Tout en réfléchissant ; je partis me faire couler un bain avec un mélange de vanille et de fleur d’oranger, quand brutalement ,sans que je le vois venir ,il me renversa dans la baignoire, il agitait frénétiquement sa queue et ses nageoires , j’ai bien cru qu’il allait me noyer. Heureusement à portée de mains j’avais des ciseaux ,je lui ai plantés dans l’œil de toutes mes forces,jusqu’à ce qu’il ne bouge plus, ça n’a pas semblé lui faire grand mal ,au contraire il avait plutôt l’air content. -Tu ne veux pas regarder, je crois que j’ai une poussière dans l’œil me dit-il Une poussière,tu parles d’une poussière, il avait l’œil et les ciseaux dans le porte-savon .C’était pas un gars douillet,mais là j’étais quand même épatée . Pour ce courage il aurait mérité une caresse, un bisou ou je ne sais trop quoi qui fasse plaisir à un poisson. On sonne, c’est ma sœur avec son sale gosse ,je leur avait dit de venir me chercher à 10h pour qu’on aille choisir le cadeau de papa,je les fis entrer dans le salon et leur dis d’attendre sur la canapé, -Louis dépêche-toi, ma sœur et le petit sont là. Louis était tout beau le corps écaillé, parfumé au gros sel de Guérande, parfum très iodé aux senteurs viriles de la Côte Sauvage. Même avec un seul œil c’était un beau poisson ou un bel homme selon l’éclairage de la pièce. Lorsque nous arrivâmes dans le salon Clara et le gosse jouaient dans l’aquarium avec les poissons. Heureusement Louis a de bons réflexes ,tout de suite il a réagi en prenant l’épuisette et en les repêchant, on a pu les sauver in extremis , on les a mis dans la baignoire en attendant de reprendre nos esprits et j’ai nettoyé le séjour avant que le voisin du dessous vienne se plaindre d’une inondation.
Comme le gamin semblait s’amuser je l’ai
laissé dans l’eau et j’ai aidé ma sœur . Après l’avoir séchée, embrassée et couchée je suis revenu dans la salle de bains,j’ai vu
le gosse dans la baignoire, seul, confiant, jouant avec l’œil de Louis, enfin j’allais pourvoir me venger. Je pris le casse-noisettes dans le tiroir , l’ouvris bien grand , le refermai sur la
tête du sale môme et lui serrai la tête dans les mâchoires de l’instrument de malheur .Tu vas voir sale gosse que moi aussi je peux m’amuser aux mêmes jeux sadiques que toi.

Sissonne –enveloppée-Mais quelle idée ils ont eu de lui offrir à un casse-noisette ,surtout un Tchaikovksy ! C’est le plus fiable , le meilleur, le plus vendu, mais alors pardon , quand ça te prend la tête,c’est quelque chose… Clara dormait paisiblement dans le lit , je lui avait mis un drap vert d’eau ,la lumière filtrait joliment entre les volets,des poussières irisées tourbillonnaient dans les rais de lumière, je crois qu’elle était bien. Je suis revenue vite fait dans la salle de bains, le gamin souriait de l’aventure que ce casse-noisette lui avait offerte et dans son langage le plus innocent me dit : S’te plaît Tata tu veux bien mettre « la valse des fleurs ».

Rond de jambe, révérence-Il lui en fallait toujours plus à ce môme, non seulement il avait eu un casse noisettes Tchaikovksy mais maintenant il voulait « la valse des fleurs » et pourquoi pas tout le 2è acte du ballet éponyme pendant qu’il y était .On n’en n’aura donc jamais fini de la tyrannie de ces enfants et de Tchaïkovksy ! Je crois que je fais de l’hyper-Piotr Ilitch Tchaïkovsky, de son casse-noisettes , de sa « valse des fleurs » et de tous ces gosses qui attendent Noël. -Tu viens ! il y a ta sœur qui est réveillée ,elle demande ce que tu veux pour Noël ? V’la le môme qui rapplique , il est frais et rose, je ne sais pas comment il a fait ,on ne voit aucune trace du casse-noisettes.S’il y a un bon dieu pour les enfants, alors je veux , moi aussi , redevenir un enfant. -Alors qu’est –ce que tu veux pour Noël ? me redemande Louis. -Vous me soûlez avec vos cadeaux . Si tu trouves prends-moi « Daphnis et Choé » de Maurice Ravel en DVD et si tu ne trouves pas prends -moi« La Truite » de Schubert… j’en ai vu chez le poissonnier de la Médiathèque.
*[1] :IXΘY∑ (ichthus) pour simplifier -si t'aime le Grec!
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